Le buis sera-t-il sauvé par un amendement législatif ?

INFO LE FIGARO (publié le 10/02/2017)

Les gestionnaires de jardins et espaces verts publics pourront continuer à employer des fongicides chimiques contre les parasites qui menacent la survie de cet arbuste emblématique.

Est-ce bientôt la fin du tunnel pour les buis? Ces arbustes emblématiques des jardins à la française sont victimes d’attaques parasitaires particulièrement virulentes. C’est le cas de la tristement célèbre pyrale du buis dont la voracité ne manque pas de défrayer la chronique depuis quelques années au risque, parfois, de voler la vedette à deux autres ennemis, plus insidieux mais non moins redoutables: Cylindrocladium et Volutella.

À la différence de la pyrale, contre laquelle une méthode de lutte biologique à base de Bacillus thuringensis (Bt) est maintenant au point, ces deux champignons microscopiques sont en effet quasiment hors de contrôle. Sauf à utiliser des fongicides chimiques dont l’emploi est interdit, conformément à la loi Labbé modifiée en 2015, dans les jardins et espaces verts du domaine public depuis le 1er janvier dernier avant de l’être chez les particuliers en 2019.

Les broderies de Versailles

Buis atteint de cylindrocladiose. Photo: Dominicus Johannes Bergsma sous licence CC.

En mai 2016, Louis-Jean de Nicolaÿ, sénateur de la Sarthe, avait interpellé le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, en lui demandant «d’intervenir sur la menace que ces champignons représentent pour la survie des buis et dont l’impact sur les jardins au niveau culturel, économique, touristique (en termes de fréquentation mais aussi d’emplois) serait désastreux si rien n’était engagé». Difficile en effet d’imaginer Versailles ou Vaux-le-Vicomte sans leurs splendides broderies

Le message a été reçu 5 sur 5. Jeudi dernier, un amendement porté par le sénateur des Vosges, Daniel Grémillet, a été approuvé par la commission mixte paritaire de l’Assemblée nationale et du Sénat. Ce texte donne la possibilité, à titre dérogatoire, aux collectivités territoriales et aux gestionnaires de domaines appartenant à l’État, d’utiliser des produits phytopharmaceutiques classiques lorsque la survie d’une espèce végétale d’intérêt patriomonial ou biologique est en jeu et qu’aucune solution alternative n’existe. Or c’est justement le cas du buis.

Jusqu’au 1er janvier 2019, les propriétaires de jardins privés accueillant du public peuvent continuer à recourir à des fongicides chimiques de la famille des triazoles, sous réserve de faire appel à un professionnel agréé, titulaire du fameux Certiphyto. Mais après la loi le leur interdira. «D’ici là, on peut espérer que des méthodes de biocontrôle seront disponibles et que les variétés tolérantes aux champignons, actuellement en cours d’introduction, auront fait leurs preuves, sinon il faudra repartir au combat», confie Louis-Jean de Nicolaÿ.